Le daron


Il n’a pas réglé son horloge
Toujours le cul entre deux chaises
Il ne sait jamais où il loge
Il a trente ans… d’âge mental : seize
 
Mon papa, mon père
Celui qu’j’n’ai pas beaucoup connu
Celui qui est arrivé hier
Qui part demain, bien entendu
Mon père, mon papa
Qui n’m’apprend pas les bonnes manières
Qui dit : « Plus tard, tu comprendras
En attendant… chante ta colère ! »
 
Il n’a pas choisi sa planète
Pas choisi entre Terre et Lune
Il n’a pas remboursé ses dettes
Et n’a jamais… jamais fait fortune
 
Mon papa, mon père
Celui qu’on voit sur l’avenue
Au bras de filles un peu vulgaires
Qui se promènent à moitié nues
Mon père, mon papa
Qui n’m’apprend pas les bonnes manières
Qui dit : « Plus tard, tu comprendras
En attendant… chante ta colère ! »


Il dit : « Quand j’n’ai pas le moral
Je vais me soigner dans les bars »
Il dit : « Plutôt que d’dormir mal
Moi, je préfère me coucher tard ! »
 
Mon papa, mon père
Qui s’endort parfois dans la rue
Bourré de vin, ivre de bière
Que les voisins ne saluent plus
Mon père, mon papa
Qui n’m’apprend pas les bonnes manières
Qui dit : « Plus tard, tu comprendras
En attendant… chante ta colère ! »
 
Il a tiré les quatre cents coups
Mais il n’a jamais dit « Je t’aime »
Il dit : « On n’est rien, c’est un tout
J’n’ai pas d’attache, pas de problème ! »
 
Mon papa, mon père
Celui qui tutoie l’inconnu
Celui qui mendie son salaire
Devant les portes du Super U
Mon père, mon papa
Qui n’m’apprend pas les bonnes manières
Qui dit : « Plus tard, tu comprendras
En attendant… chante ta colère ! »


Il dit : « J’n’ai plus rien à gagner
Et j’n’ai jamais rien eu à perdre »
Il dit que je suis mal élevé
Quand je lui dis que je l’emmerde
 
Mon papa, mon père
Qu’aurait mieux fait, s’il avait su
De se la faire en solitaire
Qu’un gosse avec une inconnue
Mon père, mon papa
Qui n’m’apprend pas les bonnes manières
Qui dit : « Plus tard, tu comprendras
En attendant… chante ta colère ! »
 
Il dit : « Tu s’ras un fils de paumé
Ton héritage, c’est ma connerie
Et mieux vaut être un vrai raté
Que d’faire semblant d’être réussi »
 
Mon papa, mon père
Celui qui, cette nuit, s’est battu
Pour un mot de trop dans un vers
Pour affirmer son point de vue
Mon père, mon papa
Qui n’m’apprend pas les bonnes manières
Qui dit : « Plus tard, tu comprendras
En attendant… chante ta colère ! »
 
Dans un rare moment de tendresse 
Il me dit : « Je suis fier de toi
Le jour où la vie me délaisse
Tous les paumés se souviendront de moi ! »
 
Mon papa, mon père
Celui qui boit à son insu
Qui voit l’avenir dans son verre :
Une courte vie pleine d’imprévus
Mon père, mon papa
Qui n’m’apprend pas les bonnes manières
Qui dit : « Plus tard, tu comprendras
En attendant… chante ta colère ! »


Mon papa, mon père
Ce zéro extraordinaire
Chien de la nuit, chat de gouttière
Une crise de rire, une crise de nerfs
Mon père, mon papa
Une grande gueule et un bon coup droit
Un poumon mort, une mauvaise foi
« T’as pas cent balles, prête-moi ton toit ! »


Mon papa, mon père
Celui qu’j’n’ai pas beaucoup connu
Celui qui est arrivé hier
Qui part demain, bien entendu
Mon père, mon papa
Qui n’m’apprend pas les bonnes manières
Qui dit : « Plus tard, tu comprendras
En attendant… chante ta colère ! »