P'tit gars

C'est un p'tit gars qui n'voudrait pas qu'l'on soit
Restés tous ici-bas
Qu'des vieux loups solitaires.
C'est un clochard qui n'voudrait pas qu'l'on mette
Sur nos yeux des lunettes
Pour n'les voir qu'en hiver.

Lui, sa vie, c'est l'mensonge.
Le bonheur ne l'connaît pas.

C'est un p'tit gars qui regrette tous les jours,
Qui se dit « Dieu est sourd,
Les hommes tous sédentaires.»
Ses insultes, il les éponge
à grands coups d'poing sans pourquoi
Avec sa gueule de défoncé.

C'est un p'tit gars qu'aurait fait un braquage
Ce fameux soir de rage
À la mort d'son daron.
Cet enculé qui pour élever ses gosses
N'a choisi que des bosses
En leur foutant des gnons.

Il chiale le jour, il pleure la nuit.
A ses yeux, tout est pourri.

Et la misère qu'il a dans ses grands yeux
Il la tient de sa mère
Prostituée en prison.
Y'a pas d'futur, y'a qu'des ordures,
Tout est troué même ses chaussures.

Ouais, ce p'tit gars qu'avait tant besoin d'amour
Le jour et de tendresse,
Un soir, est mort d'ivresse.
Dans un bistrot près d'Paris en banlieue
Il a noyé ses yeux
Dans sa dernière Guinness.

C'est sûr que j'aimerais bien l'venger.
Lui, il m'a juste demandé d'chanter.
Ce p'tit refrain pour qu'les gars du quartier
Essayent un peu d's'aimer,
Que la violence cesse.

C'est qui, lui ? me direz-vous.
C'est sa gueule de p'tit voyou.